Notre rédaction à récemment découvert Young Martyrs, un groupe avec ce supplément d’âme qui manque trop souvent à notre époque. Leur musique ? Une beauté brute, organique, née de la patience, des kilomètres parcourus et d’un amour inconditionnel pour le vrai son. Avec leur troisième album « Might Just Be Enough » — petit joyau gravé sur un sublime vinyle rouge translucide — le quatuor britannique ne livre pas seulement un disque : il offre un refuge, une parenthèse lumineuse où les grosses guitares et les harmonies intenses viennent panser les plaies du quotidien.
Entre sincérité désarmante, anecdotes de tournée et amour de la belle musique, on a échangé avec eux sur la genèse de cet album cathartique, leur vision de l’indépendance et cette connexion si particulière qui les lie à leur public. Installez-vous confortablement, montez le son, et plongez dans l’univers d’un groupe qui prouve avec élégance que tant qu’on joue avec le cœur, c’est amplement suffisant.
Avant de plonger dans ce nouveau disque, si vous deviez résumer l’âme de Young Martyrs en un seul sentiment ou une seule idée, quelle est la vérité fondamentale au cœur de ce groupe qui vous a poussés à vous battre pour faire entendre votre voix ?
L’honnêteté. Les textes ne sont pas écrits et le morceau n’est pas enregistré si ça ne vient pas à 100 % du cœur, peu importe le sujet. Si nous avons développé un son particulier, c’est purement en faisant la musique qu’on avait envie de faire. Il se trouve que cela se traduit par de grosses guitares, de grosses harmonies et une grosse batterie.
« Might Just Be Enough » est le résultat d’années d’auto-financement, de sacrifices et de tournées sans relâche. À quel moment, durant ces années difficiles, avez-vous réalisé qu’abandonner n’était pas une option et que ce disque devait absolument exister ?
Pour être honnête, on ne s’attendait pas à ce que notre premier album ait autant d’impact. C’était une sortie très confidentielle, mais la réponse du peu de personnes et des radios qui l’ont écouté a suffi à nous prouver qu’on avait lancé quelque chose qui valait la peine d’être poursuivi. Pour le deuxième album, on a augmenté le budget et la réponse a été encore meilleure, et ce troisième album a vraiment quelque chose de spécial. Plus le temps passe, plus on a l’impression qu’on doit simplement continuer. Qu’est-ce qu’on est censés faire d’autre ?
Que représente le fait de tenir ce disque physique entre vos mains après tout ce que vous avez investi dans ce parcours ?
C’est incroyable. Avoir un disque physique est toujours une idée excitante et un moment très satisfaisant, mais — honnêtement — ce disque en particulier, avec tout le travail artistique et ce vinyle rouge translucide, c’est juste la chose la plus cool qu’on aurait pu espérer. Avec quelques amis très talentueux, on a travaillé très dur sur cet album, donc voir ce travail récompensé d’une aussi belle manière est le meilleur des sentiments.
Le thème central du disque tourne autour du fait de poursuivre quelque chose même quand les chances ne sont pas en votre faveur. Quel conseil donneriez-vous à un autre groupe indépendant qui mène actuellement ce même combat difficile ?
Il y a un public pour tout, il faut juste le trouver. La seule façon garantie à 100 % d’échouer à faire entendre sa musique, c’est d’abandonner. Si vous continuez à y travailler, vous avez encore une chance d’arriver là où vous voulez être. Essayez simplement de vous rappeler d’apprécier chaque étape au fur et à mesure. L’obsession peut être utile, mais elle peut aussi gâcher votre plaisir.
Votre musique apporte une pure authenticité qui se démarque dans le monde actuel dominé par les productions hyper-polies et les morceaux créés par ordinateur. Ce son organique est-il une démarche intentionnelle ou simplement votre façon naturelle de jouer ensemble ?
On ne se prend pas la tête à réfléchir à quoi le son devrait ressembler, mais on écrit tout nous-mêmes et on s’efforce de jouer de tous les instruments ou de faire participer des proches du groupe. Donc je suppose que par défaut, ce qu’on propose sera toujours très organique.
L’album explore la santé mentale, la perte et l’espoir avec une grande intimité. L’écriture et l’enregistrement de ces chansons ont-ils été un processus cathartique ou thérapeutique pour vous quatre ?
On n’a pas de manifeste imposant d’écrire sur un sujet précis ou de s’assurer de traiter certaines thématiques, mais il est clair que beaucoup de chansons ressemblent à des pages de journal intime. Faire sortir ces mots et ces émotions de son corps pour les fixer sur un enregistrement est très libérateur. Parfois, on met dans une chanson ce qu’on n’arrive pas à dire dans une conversation.
Vous décrivez « Only You » comme une chanson d’amour imparfaite et compliquée — « la plus dure, la plus sauvage, la plus éclatante ». Qu’est-ce qui a inspiré une vision aussi réaliste et sans filtre de l’amour ?
C’est moi (Tom) qui ai écrit celle-ci, et je peux vous dire que j’adore les chansons d’amour. Je me suis lancé le défi d’écrire sur l’amour entre deux personnes de la manière la plus honnête possible, et cela voulait dire reconnaître que toutes les promesses ne sont pas tenues et que tous les échecs ne vous brisent pas. C’est devenu une sorte de dialogue entre deux personnes, sans qu’on sache vraiment qui parle et quand, et je trouve ça très réel aussi. Quand on aime quelqu’un et qu’on doit traverser cette existence difficile ensemble, les limites se floutent : on se sauve à tour de rôle et on se trompe jusqu’à ce qu’on y arrive. Toutes ces pensées sont devenues Only You.
Écouter cet album procure un profond sentiment de réconfort et permet à l’auditeur de se sentir moins seul. Est-ce cette volonté de créer un lien humain authentique qui vous pousse à monter sur scène soir après soir ?
Absolument. On a joué dans des groupes par le passé où l’approche générale était d’enchaîner les morceaux sans parler entre les titres en essayant de se donner un genre cool, mais on a découvert avec le temps que se connecter avec les gens est tellement plus puissant, aussi bien pour le public que pour nous. Je sais que c’est ultra cliché (et sans doute typique d’un groupe qui prend de la maturité), mais partager un moment de plaisir et créer du lien est tellement plus sain que d’être distant et inaccessible.
Comment votre relation au sein du groupe a-t-elle évolué entre vos débuts et la finalisation de cet album ?
C’est encore plus excitant aujourd’hui. On a toujours été de très bons amis et on a toujours beaucoup ri, mais plus le temps passe, plus on parle des choses incroyables qu’on pourrait tenter de faire ensuite. Et il y a toujours autant de blagues douteuses qu’avant !
Maintenant que cet album si personnel est enfin disponible, à quoi ressemble le prochain chapitre pour Young Martyrs ?
Créer cet album et tous les singles qui l’accompagnent (clips, contenus pour les réseaux sociaux, etc.) a demandé beaucoup de temps, d’énergie (et d’argent). Notre objectif est donc de passer une année entière à profiter pleinement de jouer ces morceaux sur scène, de faire des festivals et d’essayer de toucher de nouveaux fans. Mais on a déjà quelques nouvelles chansons qui prennent forme, alors à terme… le quatrième album nous attend !
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