Damn Williams – Dog Summer, le son d’un groupe en train de construire sa propre mythologie

Dog Summer ne débute pas vraiment : il semble émerger du brouillard. Dès que Achatina laisse place à l’élan désordonné de A Rusty Navara, Damn Williams a déjà établi la règle fondamentale de l’album : rien n’a le droit de rester confortable bien longtemps. Mené par l’auteur-compositeur tasmanien Elliot Taylor, le projet basé à Melbourne livre un premier album rempli de détours inattendus, de détails surréalistes et d’une tension émotionnelle suffisante pour alimenter toute une scène underground.

L’écriture de Taylor se situe quelque part entre la poésie de pub et le rêve fiévreux. Les personnages traversent ces chansons comme des légendes à moitié oubliées, portant sur leurs épaules les résidus émotionnels de l’Australie suburbainne. À un moment, Dog Summer paraît profondément satirique ; l’instant d’après, il devient étonnamment sincère. Roger ressemble à une blague racontée à l’heure de la fermeture d’un bar avant de se transformer lentement en cauchemar existentiel, tandis que I Love You More Than Ever Before traverse le vacarme avec une vulnérabilité saisissante.

La formation élargie — Olmer Bollinger, Carla Oliver et James Campbell — apporte au disque un véritable sentiment de mouvement et d’imprévisibilité. Rien ici ne semble rigoureusement construit. Les instruments se heurtent les uns aux autres, les mélodies apparaissent puis disparaissent sans prévenir, et les chansons donnent souvent l’impression de menacer de se rebeller contre elles-mêmes. Pourtant, cette désinvolture ne paraît jamais accidentelle. Damn Williams maîtrise remarquablement bien l’équilibre délicat entre chaos et contrôle.

La production possède également une rugosité admirable. Plutôt que de lisser les aspérités, le groupe choisit de les mettre en avant. Les guitares grincent et gémissent, les voix se fissurent sous la pression, et les arrangements semblent se désagréger magnifiquement au niveau des coutures. Cela reflète parfaitement les thèmes plus larges de l’album : les identités fragmentées, les mythes hérités, les fantômes coloniaux et l’étrange théâtre de la vie quotidienne australienne. Même dans ses moments les plus abstraits, Dog Summer reste émotionnellement ancré.

Au terme de Fighting Jack Dancer, l’album laisse l’impression d’avoir erré pendant quarante minutes dans le subconscient de quelqu’un d’autre. C’est désordonné, étrange, parfois hilarant, mais constamment fascinant. À une époque où tant de groupes indie rock semblent excessivement calculés, Damn Williams arrive avec un premier album qui embrasse sans hésitation l’incertitude et la contradiction. Dog Summer ne cherche pas à s’intégrer dans une scène existante — il construit plutôt son propre petit monde étrange.