Il y a une intimité dans March de Lulu Leloup qui désarme presque, comme si chaque morceau surgissait au milieu d’une pensée, se déployant doucement sans jamais se presser. L’artiste basée entre Beyrouth et Dubaï puise dans une palette d’influences jazz et blues, mais ce qui en émerge relève davantage du journal intime que de la simple référence — une collection ancrée dans le ressenti plutôt que dans la forme.
Au cœur de l’EP se trouve une fascination pour les entre-deux émotionnels : cet espace fragile entre attachement et détachement, certitude et doute. (If you’re gonna break my heart, would you do it after) capture cette tension avec une précision discrète, tandis que I Guess You Loved Me Until You Didn’t s’inscrit dans une forme d’acceptation calme et résignée.
Les arrangements reflètent cette retenue. Rien n’est superflu ; chaque élément est placé avec soin, laissant au silence et à l’espace un rôle essentiel dans la composition. La voix de Lulu s’y déplace avec douceur, sans jamais dominer, mais toujours présente.
Au final, March se présente comme une étude de la subtilité. Il ne cherche ni à résoudre ni à imposer. Il s’installe plutôt dans la durée — une présence douce et persistante, qui révèle lentement toute sa profondeur.
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